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Une voiture en lin


Moi, je roule dans une voiture en lin !

Il y a dix ans, Christophe Baley, chercheur en biomatériaux à l’université de Bretagne sud, estimait qu’à nos jours, le végétal aurait conquis le monde industriel : «  Pour produire une tonne d’acier, il faut dépenser 60 fois plus d’énergie que pour produire la même quantité de bois, et 1 000 fois plus pour produire une tonne de titane. Le calcul est vite fait ! D’autant plus que les fibres de lin sont totalement dégradables. »


Qu’en est-il aujourd’hui dans l’industrie automobile ?

Du naturel au recyclable

Concernant la voiture, le lin entre dans la composition de nombreuses pièces d’intérieur :

> plages arrières,
> intérieurs de portières,
> pavillons,
> planches de bord,
> passages de roues et sols,
> certaines garnitures de coffres

 

Le saviez–vous ?

Les Opel Astra et Zafira ont des planchers de bord à base de lin.

Les Citroën C4 et C5, les Peugeot 607 et les Smart for Two en recèlent dans leurs panneaux de porte.

« En revanche pour l’instant, le lin  pour l’habillage textile n’est pas envisagé du fait des contraintes très fortes exigées pour ce poste. Ces textiles doivent en effet présenter une tenue aux UV, à l’abrasion, au vieillissement, une qualité visuelle homogène, etc. », explique le groupe Erdyn, qui a mené une analyse sur la question en 2008.


Pourquoi les constructeurs mettent–ils du lin dans les voitures ?

Par souci écologique et technique certainement mais surtout par obligation règlementaire. En effet, en 2015, toutes les voitures commercialisées en Europe devront être recyclables à 95 % !

Dès lors, les fibres végétales ont la belle part !
EcoTechnilin fait partie des fabricants français de feutres non tissés en lin destinés à l’automobile. A l’heure actuelle, la société utilise du polypropylène dans la fabrication de ses feutres. Son prochain objectif est donc d’intégrer non plus seulement des produits recyclables, mais biodégradables, comme des biopolymères.

 

Les limites actuelles

Toutefois, l’intégration du lin dans l’automobile se heurte encore à quelques freins. Parmi eux, certains paramètres physiques, comme la variabilité des caractéristiques (± 25 % contre ± 5 % pour la fibre de verre) ou les inconvénients d’aspects (brunissement, UV, homogénéité de la répartition).
Egalement en cause : un problème de résistance à l’impact. La fibre de lin coûte de 10 à 20 % moins cher que la fibre de verre, « mais il est nécessaire d’en incorporer une plus grande quantité pour parvenir aux même propriétés mécaniques », indique le groupe Erdyn.

 

Une intégration progressive

Malgré tout, Renault et PSA incitent fortement leurs équipementiers à intégrer des fibres naturelles. Car, en plus d’être recyclable, le lin offre l’avantage d’être léger (densité de 1 à 1,5 contre 2,54 pour la fibre de verre), un critère de choix pour alléger les voitures. Il apporte également une bonne insonorisation et absorbe les vibrations.

"Mais, depuis quelques années, on se heurte à un problème de coût et d’approvisionnement en fibres courtes de lin", révèle Denis Druon, directeur général de la société Saneco, fournisseur de fibres de lin. 

L’industrie automobile rémunère actuellement 40 % de moins la fibre de lin que l’industrie textile. Dès lors, les producteurs ne destinent pas leur lin à cette filière peu rentable. "Je suis tout de même optimiste sur l’avenir, car le lin a sa place dans l’automobile. Nous espérons qu’en 2012 le marché de la fibre courte évoluera et rendra gagnant le pari que nous avons fait sur le secteur automobile."


Sources :
Etude Erdyn, «Valorisation du lin dans les écomatériaux », 2008
www.miriade-innovation.fr/upload/telechargement/Valorisation_du_lin_dans_les_ecomateriaux.pdf
www.espace-sciences.org/archives/science/11509.html
Portière conçue à base de fibre de lin